Pourquoi l’évolution de la banquise en Antarctique de l’Est ne suit pas la tendance générale ?

mardi 23 février 2021 - 10:00

Une équipe internationale avec la participation de scientifiques du laboratoires français de l'UMR EPOC de l’Université de Bordeaux, auquel l’EPHE est associée, a révélé que le couvert de banquise en Antarctique de l’Est a connu une très forte variabilité naturelle au cours des deux derniers millénaires, et ce principalement en réponse au forçage de deux modes climatiques, l’ENSO (El Niño/Southern Oscillation) et le SAM (Southern Annular Mode) et leur expression multi-décennale.

Photo prise depuis l’Astrolabe illustrant l’état de la banquise estivale au large de la Terre Adélie en janvier 2010 (crédit : J. Etourneau).
Photo prise depuis l’Astrolabe illustrant l’état de la banquise estivale au large de la Terre Adélie en janvier 2010 (crédit : J. Etourneau).

La banquise continue de s’étendre au large de l’Antarctique de l’Est

La banquise antarctique joue un rôle fondamental pour le climat global, en tant que régulateur d’une partie des échanges gazeux et de chaleur entre l’océan et l’atmosphère aux hautes latitudes sud ainsi que de la circulation océanique globale. En outre, elle participe également au développement des écosystèmes marins et continentaux polaires car elle joue un rôle prépondérant dans la croissance et la diversité du phytoplancton qui alimente l’ensemble du réseau trophique. Depuis plusieurs décennies, il a été observé que la banquise a continué de s’étendre au large de l’Antarctique de l’Est malgré la tendance au réchauffement climatique global. Cependant, on ne connaissait pas encore bien quels étaient les causes et les mécanismes sous-jacents responsables de son expansion car les données instrumentales et satellitaires disponibles ne couvrent que les derniers 40 ans. La comparaison d’archives climatiques uniques, issues d’enregistrements sédimentaires marins prélevés au large de la base française de Dumont D’Urville, en Terre Adélie, et dans la zone du Front Polaire, dans le secteur Indien de l’Océan Austral, a permis de reconstruire l’histoire de la banquise antarctique dans ce secteur au cours des derniers 2000 ans.

Interaction de deux modes climatiques

Cette étude, basée sur la combinaison de traceurs micropaléontologiques et moléculaires associés à de la modélisation climatique, a montré que la banquise a connu une forte variabilité naturelle multi-décennale. Ces fluctuations sont essentiellement dues à l’interaction de deux modes climatiques majeurs évoluant entre le Pacifique équatorial et le continent Antarctique, et plus précisément entre les phénomènes El Niño, La Niña et l’oscillation des pressions atmosphériques australes (ENSO et SAM), à travers leur impact sur les circulations atmosphériques et océaniques modulant les apports de chaleur et d’énergie des basses vers les hautes latitudes sud. Cette étude a ainsi démontré qu’il était primordial de prendre avant tout en compte l’évolution de ces deux phénomènes climatiques dans les futures simulations afin de mieux appréhender l’évolution de la banquise en Antarctique de l’Est pour les prochaines décennies et d’évaluer ainsi au mieux ses impacts sur le climat et les écosystèmes à court et moyen termes.

Source : Crosta, X., Etourneau, J., Orme, L., Dalaiden, Q., Campagne, P., Swingedouw, D., Goosse, H., Massé, G., Miettinen, A., McKay, R., Dunbar, R., Escutia, C., Ikehara, M. (2021), Climate modes drove Antarctic sea-ice multi-decadal heterogeneity over the last 2000 years, Nature Geoscience.