Les français et l'enseignement du fait religieux

vendredi 03 décembre 2021 - 11:00

En 2001, il y a 20 ans, le ministre de l’Éducation Jack Lang commandait à Régis Debray un rapport sur L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque, rapport qui a joué un rôle décisif dans la création de l’IESR, devenu en juillet l’IREL – Institut d’étude des Religions et de la Laïcité (non pour changer la réalité de ses missions mais pour être plus en accord avec elles). Vingt ans après ce rapport, quel bilan peut-on tirer des actions entreprises ?

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C'était l'objet de la rencontre organisée le lundi 15 novembre à l'INHA, pour laquelle l'IREL avait demandé à l’IFOP une enquête afin d’évaluer l’opinion des Français sur ces questions, enquête dont les résultats ont été expliqués par Jérôme Fourquet qui a souligné la « divergence d'approche générationnelle » avec des jeunes qui « sont déjà dans la France d'après, plus multiculturelle et sans mode de pensée majoritaire » et donc « plus intéressés par les faits religieux et la laïcité ».

L'enquête montre entre autres que seuls 20% des sondés ne sont pas du tout intéressés par les questions de religion et de laïcité, que les intéressés sont donc les jeunes (66% des 18-24 ans) et les plus âgés (64% des 65 ans et plus), et que seuls 17% préfèrent que l'on ne parle pas des religions à l'école laïque (les plus nombreux, 37%, préférant « des connaissances sur les religions dans un cadre laïque »). Quant à savoir quel serait le cadre pour transmettre ces connaissances, ils sont 36% à le voir d'abord dans les heures d'enseignement moral et civique (EMC), 23% dans celles d'histoire. Enfin, « pour répondre à cette situation où l'école est aujourd'hui interpellée par la question de la laïcité et celle des religions », 32% pensent qu'une « formation à la laïcité et un enseignement laïque sur les religions sont tous les deux nécessaires et complémentaires », 24% préférant la seule formation à la laïcité, 20% le seul enseignement laïque sur les religions. Les effets souhaités de cette étude laïque des religions sont d'abord « un meilleur respect de la loi comme dimension qui s'impose à tout citoyen, qu'il soit croyant ou non-croyant » (29%), puis « des outils pour lutter contre les extrémismes religieux » (26%) et « une meilleure compréhension mutuelle entre élèves ou entre citoyens » (19%).

Introduites par Didier Leschi (président du conseil de direction de l'IREL et ancien chef du bureau des cultes), qui a souligné l'importance de « l'idée de laïcité » et la nécessité de « reprendre en permanence les choses », les interventions ont vu se succéder le directeur actuel de l'IREL Philippe Gaudin et ses deux prédécesseurs, Isabelle Saint-Martin et Jean-Paul Willaime. Pour Philippe Gaudin, « on comprend mieux la laïcité si on comprend mieux les religions, et réciproquement » et à chaque fois que l'IREL intervient, on constate « à quel point les gens sont passionnés, quelles que soient leurs convictions religieuses ou leur absence de convictions religieuses ». Pour Isabelle Saint-Martin, « il ne s'agit pas d'en parler tout le temps mais d'en parler à bon escient, de ne pas le mettre de côté, de pouvoir en parler de manière distanciée et critique ». Pour Jean-Paul Willaime, enfin, cette approche est particulièrement importante à une époque où « il n'y a pas seulement transformation des appartenances religieuses et de leur part dans les pratiques mais transformation de la façon d'être religieux et de ne pas l'être ». D'où l'utilité de l'IREL qui valorise les travaux de la recherche « pour la mettre en rapport avec les demandes de formation ».

Présentations de résultats de l'enquête IFOP :
Sur le site de l'IREL
Sur le site de l'IFOP