Le CRIOBE, un acteur clé dans les choix de politique environnementale

mardi 23 novembre 2021 - 08:30

L'EPHE - PSL participe à l'excellence de la recherche sur les récifs coralliens.
Avec plus de 14 000 km2 de récifs coralliens, la France est le quatrième pays corallien du monde et le seul pays présent dans tous les océans, sauf l’arctique. Les récifs coralliens sont le système marin le plus diversifié. Leur biodiversité et les services écosystémiques associés (pêche, tourisme, protection côtière) soutiennent près d’un milliard de personnes dans la zone tropicale. Or, les écosystèmes coralliens sont parmi les plus vulnérables au changement climatique. Ces bouleversements commencent déjà à se faire sentir, mettant en péril l’équilibre de sociétés entières.

50 ans du CRIOBE

Le CRIOBE

En 1971, une équipe de chercheurs est sollicitée par le commissariat à l'énergie atomique (CEA) afin de produire des données sur les écosystèmes coralliens. Le biologiste marin Bernard Salvat réalise que l’implantation d’une station de recherche s’impose en Polynésie. 50 ans plus tard, elle joue un rôle crucial dans les choix de politique environnementale.

La station du CRIOBE a été implantée à Moorea en 1971 sous l’impulsion du professeur Bernard SALVAT, Professeur à l’École Pratique des Hautes Études. D’abord plate-forme opérationnelle pour le travail de terrain, elle se transformera au fil du temps en véritable laboratoire de recherche jusqu’à sa labellisation par le CNRS en Station de recherche en écologie expérimentale en 2016 au sein du Réseau National des Stations d’Écologie Expérimentales (RéNSEE).

Aujourd’hui, le CRIOBE (USR 3278) est soutenu par trois tutelles - l’École Pratique des Hautes Études (EPHE) au sein de l’Université Paris Sciences et Lettres (PSL), l'Université de Perpignan Via Domitia (UPVD) et le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).

En plus du site de Moorea, le CRIOBE est à présent implanté sur le campus principal de l’UPVD et possède deux bureaux à la Maison des Océans à Paris.

Premier en Europe sur le corail, un laboratoire d’excellence

Sur les 5 dernières années, de 2017 à 2021, le CRIOBE affiche près de 600 publications internationales. En 2021, le CRIOBE forme 33 doctorants et accueille 14 post-doctorants.

En Polynésie française, la Station d’Écologie Expérimentale du CRIOBE accueille des chercheurs et étudiants du monde entier. Le CRIOBE dispose d’un terrain de 20 500 m2 affecté par le Pays, dont 2 410 m2 de surfaces construites. Plateforme opérationnelle pour le travail de terrain sur les récifs polynésiens, il est constitué de bâtiments individuels regroupant des hébergements, des bureaux, des laboratoires et des pièces techniques. Il met à disposition des moyens nautiques et de plongée ainsi que des plateaux d’expérimentation. Il accueille en moyenne 175 personnes par an, dont un quart de scientifiques internationaux de plus de 15 nationalités différentes. Le CRIOBE est également un service d’observation dont l’Institut des récifs coralliens du Pacifique (IRCP, tutelle EPHE) en est un opérateur. Le CRIOBE anime le Réseau National des Stations d’Écologie Expérimentale (RéNSEE).

En 2016, l’inauguration de l’amphithéâtre de 125 places renforce la capacité à faire des formations de l’enseignement-supérieur, ou technique, des ateliers, des conférences ainsi que de faire de la médiation scientifique avec des scolaires. À cela s’ajoute l’ouverture mi-2021 du “Fare Natura” (l’écomusée de la biodiversité), qui est un projet initié et porté par le précédent directeur du CRIOBE, Serge Planes, directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EPHE - PSL.

Chimie, biologie, écologie, sciences humaines et sociales : centre pluridisciplinaire, ses recherches occupent la première place en Europe en termes de publications et de l’indexation scientifique sur les récifs coralliens. Il représente d’ailleurs le principal interlocuteur français en matière de collaborations internationales avec les grands centres de recherche sur les récifs coralliens.

Recherche fondamentale et appliquée vers des solutions pour les écosystèmes et les sociétés

Dans les grands programmes investissements d’avenir de l’État, le CRIOBE a proposé un projet de laboratoire d’excellence (LabEx CORAIL) reconnu en 2012, et renouvelé jusqu’en 2025, qui réunit toute la communauté française qui travaille sur les récifs coralliens. Le LabEx CORAIL « les récifs coralliens face au changement global de la planète » regroupe 9 institutions et 4 universités de métropole et d’outre-mer. Il vise à étudier les écosystèmes coralliens en vue d’améliorer leur gestion durable. L’objectif est de créer à terme un centre d’excellence français sur les récifs coralliens et de mettre la recherche française au premier rang mondial dans le domaine de la connaissance et de l’expertise sur les récifs coralliens.

Le CRIOBE a vocation à développer de la recherche fondamentale pour la compréhension du fonctionnement des récifs coralliens. Sur cette base, les chercheurs proposent des approches innovantes de gestion et de restauration du milieu récifal. À Moorea, le CRIOBE cherche d’ailleurs à créer un bureau d’accueil consacré à l’innovation à l’attention des jeunes qui cherchent une incubation de leur projet. Il s’agit de lever des verrous, de montrer la faisabilité d’un procédé ou d’une innovation, d’analyser les risques afin d’optimiser la recherche des financements pour monter son entreprise.

De nouveaux hébergements seront construits en 2022, ce qui permettra d’attirer une communauté scientifique internationale renouvelée. Un laboratoire consacré à l’ADN environnemental sera également créé, une technique de pointe qui permet de faire du “metabarcoding” (outil génétique qui permet d’étudier l’ADN présent dans l’environnement). Il s’agira de récolter des échantillons d’eau pour recenser les espèces ou les microbes présentes dans les milieux aquatiques. Cette méthodologie ouvrira de nouvelles perspectives en termes de surveillance et de gestion des écosystèmes.

Un engagement fort dans le transfert de technologie, la propriété intellectuelle et la valorisation

Avec ses outils et ses compétences, le CRIOBE couvre également les domaines de l’écologie chimique, de la chimie de l'environnement, et de la valorisation de la diversité chimique issue d’organismes marins ou de plantes terrestres dans les secteurs pharmaceutique, cosmétique, agrochimique ou aquacole. Le CRIOBE anime un plateau technique de chimie analytique sur le campus de l’UPVD à Perpignan, avec pour objectif de devenir un pôle d’excellence régional et national en métabolomique au service de la transition environnementale et écologique.

Des suivis de long terme

Dans le cadre de ces 50 ans, il est important de rappeler une des activités historiques du CRIOBE : l’analyse des tendances à long terme du système récifal en Polynésie française. Depuis son installation en 1971, le CRIOBE a mis en place des suivis d’état du système, d’abord sur le côté nord de Moorea, puis à l’échelle de l’île, et maintenant dans plus de 23 îles du Pacifique. Le CRIOBE a donc participé à la création des séries temporelles les plus longues jamais réalisées sur les récifs coralliens. Grâce à ce suivi historique, les chercheurs ont la possibilité de comprendre si les variations observées aujourd’hui font partie des cycles historiques ou à une véritable dégradation du milieu. Dans le cadre des changements climatiques, il est crucial pour les chercheurs de connaître l’état de référence du système. Dans ce contexte, les données historiques ont une valeur inestimable.

La capacité d’un regard historique, grâce aux séries temporelles, n’a pas empêché le CRIOBE de se positionner en tant que moteur du développement technologique qui permet une analyse de l’écosystème toujours plus fine. Aujourd’hui, le CRIOBE développe également la photogrammétrie, qui permet la reconstruction tridimensionnelle des récifs, et les techniques d’ADN environnementale qui nous permettent d’identifier, grâce à l’ADN présent dans le milieu, les espèces qui les peuplent.

Une contribution importante à l’agenda international

Les chercheurs du CRIOBE sont présents dans les grandes instances de conseil, comme par exemple :
Expert auprès des représentants français à l’Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES).
Membre du Steering Committee du Global Coral Reef Monitoring Network (GCRMN).
Membre de plusieurs commissions de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Présidence du Conseil scientifique de la Plateforme Océan Climat.
Membre du Comité national de l’Initiative française pour les récifs coralliens (IFRECOR).
Membre du Conseil scientifique de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB).