Bicentenaire de la mort de Napoléon

mercredi 12 mai 2021 - 10:00

À l'occasion des commémorations du bicentenaire de la mort de Napoléon, entretien avec Yves Bruley, maître de conférences HDR, vice-président de l’EPHE-PSL, directeur de France Mémoire.

Statue de Napoléon sous la Coupole :  crédit H&K Ben DauchezLe bicentenaire de la mort de Napoléon sera commémoré le 5 mai. Commémorer est-ce célébrer ?

Commémorer n’impose pas de célébrer. Nous pouvons commémorer les 150 ans de la perte de l’Alsace-Lorraine par le traité de Francfort, le 10 mai 1871, qui fut un drame pour toute la France, nous ne la célébrons pas. Mais tout le monde n’est pas d’accord sur le sens du mot « commémoration ». Il renvoie plus ou moins à l’idée d’une cérémonie officielle. C’est loin d’être toujours le cas, mais cela crée une forme de méfiance. Le service que je dirige à l’Institut de France, nommé « France Mémoire », est défini comme « le service des anniversaires et commémorations historiques ». C’est plus large.

Ces manifestations ont-elles pour but de construire une mémoire collective ?

Elles ont pour but d’accompagner une réalité qui concerne tout groupe social : les anniversaires des personnalités ou des événements, tragiques ou heureux, sont toujours l’occasion de faire mémoire. Cette « mémoire collective » peut rapprocher, si elle ne cherche pas à imposer une vérité officielle. La grande force du service France Mémoire est qu’il appartient à l’Institut de France, institution publique indépendante du pouvoir politique. Cela permet aux Français de s’approprier plus facilement les anniversaires, et cela évite que les clivages politiques se superposent aux clivages mémoriels.

Les travaux des historiens participent-ils à l’élaboration d’un récit national ?

Le but des historiens est de faire progresser notre connaissance du passé. L’idée d’un récit national renvoie davantage à un projet d’histoire officielle qui « gommerait » les clivages. Or, beaucoup de sujets mémoriels sont clivants, c’est normal et c’est sain. Prenez Napoléon. Il a toujours divisé et divise encore. Est-ce une raison pour ne pas en parler ? Non, et je préfère la querelle à l’amnésie. Mais surtout il faut promouvoir la recherche historique de haut niveau. C’est ce qu’a fait Jean Tulard pendant 40 ans à l’EPHE : il a bâti une histoire savante, érudite, de l’époque napoléonienne.

Qu’est-ce qui différencie l’histoire de la mémoire ?

La mémoire est la perception, personnelle ou collective, que nous avons des faits du passé. L’histoire est la connaissance que nous pouvons en avoir, si nous suivons les méthodes d’une discipline rigoureuse. L’histoire doit nourrir la mémoire. D’abord savoir de quoi on parle. C’est dans cet esprit que nous devons envisager les commémorations historiques : comme des occasions qui s’offrent à nous de faire encore plus d’histoire, de lire des livres, au minimum de consulter le très riche site Internet de « France Mémoire », où écrivent les meilleurs spécialistes – dont plusieurs sont de l’EPHE !

 

Statue de Napoléon sous la Coupole : crédit H&K Ben Dauchez.