Auguste Mariette : Zoom sur les travaux de recherche de Carole Jarsaillon

jeudi 11 février 2021 - 12:00

À l’occasion du bicentenaire de la naissance d’Auguste Mariette, Carole Jarsaillon, doctorante du Labex Hastec (EPHE-PSL), partage ses travaux de recherche sur cette grande figure de l’égyptologie.

Signature d'Auguste Mariette. Archives Lacau du Centre W. Golenischeff (EPHE).
Signature d'Auguste Mariette. Archives Lacau du Centre W. Golenischeff (EPHE).

Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser à Auguste Mariette ?

J’ai commencé à travailler sur Auguste Mariette pour mon mémoire de recherches. Arrivée en Master d’égyptologie après trois années de classe préparatoire, je n’avais pas encore pu suivre de cours de hiéroglyphes, mais j’avais bénéficié d’une bonne formation en Histoire contemporaine et souhaitais me diriger vers le milieu muséal. Je me suis donc très rapidement tournée vers l’histoire de l’égyptologie et des collections égyptiennes, qui me permettait de mêler Égypte ancienne, Histoire contemporaine et muséologie. Ayant déjà entendu parler de Mariette par le biais de la vulgarisation, c’est à travers lui que je me suis initiée à l’histoire de l’égyptologie.

Mon mémoire, effectué sur les deux années de Master, portait sur la transmission du savoir égyptologique par les collections, à travers l’étude de deux collections : celle que Mariette avait présentée à Paris lors de l’Exposition Universelle de 1867, issue du Musée de Boulaq, et celle que Victor Loret avait créée au sein de la faculté de Lyon, comme support pédagogique pour ses cours, au début du XXème siècle.

Ce qui m’a tout particulièrement intéressée, c’est l’écrin que Mariette a imaginé pour présenter ces objets égyptiens à Paris : il a voulu reconstituer un temple égyptien, qui présenterait en une seule construction les différentes époques de l’architecture égyptienne, offrant un petit goût d’exotisme tout en instruisant le public parisien. C’est à la fois une démarche étonnante et un bon exemple de l’œuvre de Mariette.

À une époque où l’égyptologie était encore une très jeune science, il s’est efforcé de la promouvoir auprès de la communauté scientifique autant que du grand public. En étudiant le processus de création de ce temple, que Mariette voyait comme "une étude vivante d'archéologie", il est frappant de constater que l'égyptologue tenait autant à la rigueur scientifique qu'à la transmission de sa passion. Je présenterai une communication au sujet de ce « temple impossible » lors du colloque organisé au printemps 2021 par Jean-Louis Podvin et Didier Devauchelle, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Mariette, à Boulogne-sur-Mer, sa ville d’origine.

En tant qu’égyptologue, pourriez-vous nous partager un hommage personnel sur Auguste Mariette ?

C’est grâce à ces premiers travaux sur Mariette que j’ai découvert le Service des Antiquités égyptiennes, institution qu’il a créée en 1858 afin de gérer l’ensemble des fouilles en Égypte, et qui fait aujourd’hui l’objet de mes recherches. Après m’être intéressée au fondateur du Service, puis à plusieurs de ses directeurs successifs comme Maspero ou Loret, je travaille aujourd'hui sur le Service des Antiquités lors de sa direction par Pierre Lacau, entre 1914 et 1936, dans le cadre de ma thèse. Mais, bien que je me sois éloignée chronologiquement de Mariette, il n’est finalement jamais bien loin : je l’ai retrouvé un peu par hasard, parmi les fonds d’archives Lacau, que j’exploite actuellement pour mes recherches !

Ce fonds conservé à l’EPHE contient principalement des documents liés à Pierre Lacau, mais parmi eux, se trouve un dossier constitué de lettres écrites par Mariette au XIXème siècle, puis recopiées à la main par un collègue de Lacau, Georges Daressy, et qui se sont ainsi retrouvées dans ce fonds remontant seulement au début du XXème siècle. Ce palimpseste archivistique montre bien l’impact que Mariette a pu avoir sur l’égyptologie : ses successeurs, plusieurs décennies après sa mort, tentaient déjà de retracer sa vie et son œuvre. Si l’on parle souvent de Champollion comme du père de l’égyptologie française grâce au déchiffrement des hiéroglyphes, Mariette est sans doute considéré par de nombreux égyptologues comme une figure fondatrice tout aussi marquante, avec son lot de mythes comme de détracteurs.

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Carole Jarsaillon. Cliché : DRCarole Jarsaillon est diplômée d'un Master en Égyptologie et Histoire ancienne de l'École Normale Supérieure de Lyon. Elle a ensuite rejoint l'École du Louvre pour y préparer les concours de conservation du patrimoine. Après des premiers travaux en histoire de l'égyptologie lors de son mémoire, elle a poursuivi ses recherches dans le cadre d'un stage de plusieurs mois au Museo Egizio de Turin, qui l'a notamment permis de travailler sur une exposition consacrée à l'égyptologie italienne au début du XXème siècle.
Ella a obtenu en 2020 un contrat doctoral du Labex Hastec pour effectuer sa thèse à l'EPHE, au sein du laboratoire AOrOc, sous la direction de Laurent Coulon et Anne-Claire Bonneville. Ses recherches portent sur les enjeux diplomatiques de l'égyptologie entre 1914 et 1936, à travers l'étude du Service des Antiquités lors de sa direction par Pierre Lacau.